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Retour à la verticalité des gouvernances universitaires

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Retour à la verticalité des gouvernances universitaires

Franck Leprevost

Franck Leprévost est professeur à l’Université du Luxembourg dont il a été le vice-président de 2005 à 2015. Il y dirige actuellement le Laboratoire d’Algorithmique, Cryptographie et Sécurité. Il est auteur ou co-auteur d’environ 75 articles scientifiques en mathématiques et en informatique, du rapport dit « Echelon » pour le Parlement Européen sur l’espionnage industriel et politique, et de l’essai Universités et Civilisations – Concurrence académique mondiale et géopolitique paru en 2021 chez ISTE (sa liste complète de publications est accessible sur www.franckleprevost.com).
Il est primordial pour la France de se doter de dirigeants universitaires à la hauteur des enjeux, aimant leur pays, et prêts à en défendre les intérêts en leur donnant les moyens d’agir, et en leur apportant soutien et confiance.

Table des matières

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Retour à la verticalité des gouvernances universitaires

En octobre 2026, sous couvert de revendications lycéennes et étudiantes à l’origine, la France a connu une déferlante de violences, pillages, saccages, incendies, et attaques sur les biens et les personnes. Au vu des évènements et des forces, bannières et drapeaux en présence, certains observateurs ont même parlé de la première Intifada en France ; les services de renseignement ont souligné la coordination parfaitement huilée des exactions et la responsabilité de l’ultra-gauche dans les exactions commises. Les Français ont constaté, une fois de plus, qu’ils ont été abandonnés par l’État à leur propre sort et l’impunité dont bénéficiaient les criminels dont l’audace connait de moins en moins de limites en face d’une autorité régalienne aux abonnés absents. Pour exemple de cette incurie, le préfet de Police de Paris a conseillé le 21 octobre aux commerçants parisiens de faire appel à des agents de sécurité privée pour protéger leurs magasins lors des manifestations prévues le weekend du 24 octobre (le tollé consécutif à cette déclaration l’a contraint à un rétropédalage sémantique le 23 octobre). 

De quoi s’agissait-il au départ ? De la revendication de la part d’organisations lycéennes et étudiantes concernant la précarité (vie étudiante difficile, hausse des droits d’inscription), les moyens (manque de moyens matériels, de professeurs et de places), l’adaptation des campus (dégradés notamment en raison du réchauffement climatique), et les dispositifs de sélection jugés problématiques ou trop sévères. 

Qu’a-t-on observé en ce qui concerne les universités plus précisément ? Dans le cadre des exactions, même si toutes les universités n’ont pas été touchées de la même manière, on a constaté que des parties de campus d’universités ont été détruits, des salles souillées, du matériel cassé ou volé, du personnel souhaitant travailler et des étudiants souhaitant apprendre intimidés, menacés ou molestés, et, répétons-le, il a été procédé à un saccage en règle du bien public. 

Quelle a été la réaction des présidents d’universités françaises ?

Les réactions des présidents d’universités françaises ont été sans surprise dans l’ensemble. Des interventions individuelles regrettant les exactions et appelant en même temps à comprendre le malaise étudiant, et puis le manifeste publié le 20 octobre par France Universités (80 signataires composés de présidents d’universités françaises et directeurs d’établissement) dans lequel les auteurs « alertent solennellement sur le mouvement en cours », déplorent que ce « mouvement emprunte des formes qui ne peuvent que conduire à la montée des tensions » (dégradations, violences), mais estiment que « ces formes semblent être aujourd’hui les seules qui forcent, sinon l’écoute, du moins une forme de prise en compte à la tête de l’État ». En d’autres termes, les violences, condamnées dans une phrase, semblent trouver leur justification intellectuelle dans la phrase suivante avec l’imprimatur des 80 signataires. Le manifeste conclut de tout cela à la nécessité de faire de la jeunesse une grande cause nationale. 

Si la teneur du manifeste précédent est pour le moins troublante, le cas le plus symptomatique des problèmes de gouvernance des universités françaises est peut-être le suivant : alors que le 5 octobre il avait demandé l’intervention des forces de l’ordre pour évacuer un campus où la situation dégénérait, Daniel Mouchard-Zay, le président de Sorbonne Nouvelle, a annoncé le 19 octobre qu’il démissionnait (avec effet différé au 11 décembre) de son poste. Sa démission avait été notamment réclamée, ainsi que des excuses publiques, par des associations d’étudiants qui s’insurgeaient contre l’intervention des forces de l’ordre. Ainsi donc, le président de Sorbonne Nouvelle s’est soumis. 

Pour un retour de la verticalité académique

De notre point de vue, M. Mouchard-Zay a eu raison de démissionner, et cela pour deux raisons. La première est une question de caractère. En faisant appel aux forces de l’ordre afin de protéger les biens et les personnes sur son campus, il a agi avec responsabilité, opportunément et correctement. Mais il aurait dû assumer cette décision en ne pliant pas devant les appels à la démission des syndicats étudiants. Il se serait grandi en défendant le principe d’une université comme lieu de transmission du savoir et, pour ce qui concerne Sorbonne Nouvelle, de création du savoir en plus de la transmission – ce qui suppose de protéger les étudiants qui veulent étudier (très nombreux), les enseignants qui veulent transmettre (idem), et donc d’assurer la sécurité pour que le travail universitaire se fasse en toute sérénité – et en déclarant que les étudiants ou les membres du personnel qui ont cassé, pillé, dégradé les locaux seront exclus définitivement de l’université. Agir ainsi, ignorer les insultes personnelles blessantes taguées sur les murs, et l’intimidation d’atmosphère est très difficile et n’est pas donné à tout le monde. La seconde raison est que l’autorité d’un président d’université française est fortement contrainte par sa manière d’accéder à ce poste : élu et encadré par un conseil d’administration très nombreux, dont la plupart des membres sont élus eux-mêmes, avec un poids surdimensionné des syndicats de gauche. 

Or la verticalité et l’ordre s’accompagnent mal de ce type de légitimité. Pour les remettre à l’ordre du jour, il convient de changer la gouvernance des universités. Cela signifie de passer d’un mode électoral à un mode de sélection des présidents d’universités, en premier lieu des universités françaises de classe mondiale, et d’un mode électoral à un mode de nomination des membres des conseils d’administration, avec des conseils d’administration et des équipes de direction opérationnelle ramassées et compactes, et un soutien gouvernemental fort. Nous développerons ce sujet, ainsi que celui du paragraphe suivant, de manière concrète dans une autre publication. 

Les universités sont des atouts géostratégiques d’un pays

Au-delà du système de gouvernance stricto sensu, ce sont surtout les qualités intrinsèques des gens à qui des responsabilités éprouvantes sont confiées qui comptent. Cela vaut a fortiori à l’université. Les universités françaises de classe mondiale sont des atouts stratégiques et géopolitiques de notre pays. La géopolitique du savoir, qui avait fait les belles heures des universités américaines pendant le court vingtième siècle, est devenue, depuis 2016 essentiellement, une des raisons au développement particulièrement impressionnant des universités et centres de recherche chinois. Alors que les universités de classe mondiale sont, particulièrement aujourd’hui, des acteurs primordiaux des enjeux de compétitivité et de prospérité, mais aussi d’indépendance, de souveraineté et de puissance des nations, il est primordial pour la France de se doter de dirigeants universitaires à la hauteur des enjeux, aimant leur pays, et prêts à en défendre les intérêts en leur donnant les moyens d’agir, et en leur apportant soutien et confiance.

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