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Convergence des luttes

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Mme Panot a réussi la convergence d’une étrange lutte qu’elle a engagée contre la santé publique et de l’antisémitisme ! Nous attendons qu’elle mette à contribution Israël, donc tous les Juifs sans doute, pour justifier la lutte contre la vie chère, contre la perte de la biodiversité, que sais-je encore ? 

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Convergence des luttes

Contre la stupidité, les dieux eux-mêmes luttent en vain[1]

Digne représentante de ce parti « détestable, violent, complotiste, passionnément antisémite[2]» qu’est La France Insoumise, Mme Panot a réussi la convergence d’une étrange lutte qu’elle a engagée contre la santé publique et de l’antisémitisme de son parti : il fallait y songer ! Nous attendons maintenant qu’elle mette à contribution Israël, donc tous les Juifs sans doute, pour justifier la lutte contre la vie chère, contre la perte de la biodiversité, contre la chute des feuilles en automne, que sais-je encore ? 

Pourquoi donc s’est-elle opposée à Octobre Rose, ce mois de sensibilisation des femmes au cancer du sein ? Cette initiative annuelle ne concerne pas que le dépistage organisé, elle est le rappel qu’il faut prendre soin de soi, ne pas hésiter à consulter généraliste ou spécialiste dès que l’on a un doute, ne pas craindre un diagnostic, mener une vie saine. Ce n’est pas un hasard si la mortalité par cancer du sein a diminué en France, entre 1990 et 2023, de 30 % dans la tranche 25-45 ans et de 37 % chez les plus de 45 ans, alors même que l’incidence augmentait, au cours de la même période, de 45 % et de 35 % respectivement[3]. La prise en charge, les traitements se sont certes améliorés en 35 ans, mais le diagnostic précoce de tumeurs guérissables explique, en grande partie, à la fois l’augmentation de l’incidence et la diminution de la mortalité. Plus les femmes sont sensibilisées, plus tôt elles s’alarment et elles consultent, plus les chances de guérison augmentent. 

L’une des objections à Octobre Rose est que cette sensibilisation des femmes à leur santé masque les causes environnementales des cancers[4]. Est-il rien de plus sot que ce « capitalisme sanitaire » de Mme Cadier-Loriaud ? Aucun lien n’a jamais été montré entre cancer du sein et environnement. Et ce n’est pas faute d’avoir cherché à tout prix à relier les deux, des lobbies s’en chargent, comme cet « Institut » Ramazzini en Italie, grand pourvoyeur d’articles tendancieux relatant des travaux mal conduits sur le plan scientifique. En revanche, les liens entre cancer du sein et nombre d’enfants, durée de l’allaitement, exposition aux œstrogènes sont connus depuis longtemps mais sont soigneusement passés sous silence. Pour moi, les femmes ont le droit le plus sacré, celui d’être informées, pas celui d’être instrumentalisées pour défendre des options politiques.

Car, bien évidemment, s’attaquer à Octobre Rose, c’est s’attaquer aux pouvoirs publics, à l’État profond,  au « système » en général : la preuve, c’est que la ministre de la santé y est favorable et en porte l’insigne. C’est bien aux pouvoirs publics de protéger les femmes, et ils font sans relâche en les informant, via Santé Publique France et d’autres outils de communication, sur les dangers du tabac, de l’alcool, de la mauvaise nutrition, de l’obésité, du manque d’activité physique… Cela, ce sont des facteurs cancérogènes bien connus qui expliquent 40 % des cancers. Dans une grande revue sur les dangers qui constituent une menace pour la santé globale dans les 75 ans qui viennent, une commission de 63 experts mise en place par la célèbre revue médicale britannique The Lancet[5] n’a pas jugé bon de faire figurer les pesticides, au grand dam j’imagine des journalistes « planète » d’un quotidien du soir.

Après avoir posé la question « Pourquoi s’opposer à Octobre Rose ? », je ne poserai pas la question : « Comment peut-on être antisémite ? ». Historiens, philosophes, sociologues y ont répondu mieux que je ne saurais le faire, mais je voudrais comprendre le lien entre santé publique et antisémitisme. Je ne sais si c’est pour se complaire dans l’antisémitisme passionné de LFI que Mme Panot a attaqué la santé publique par la même occasion ou si, à l’inverse, c’est en attaquant la santé publique qu’elle en a profité pour glisser quelques relents nauséabonds contre Israël, qui n’a pourtant rien à voir avec Octobre Rose… Il lui fallait trouver un lien, je vous l’expose pour ce qu’il vaut. C’est le site Conspiracy Watch qui l’a débusqué et débunké[6], ce qui justifie l’épithète de « complotiste » attribué par Raphaël Enthoven à LFI…

En résumé, la firme chimique et pharmaceutique ICI (Imperial Chemical Industries) regroupait, dans les années 1980, un laboratoire pharmaceutique dont elle s’est séparée et est devenu Astra Zeneca, et une division de produits chimiques à usage agricole, devenu Syngenta. Les deux sont totalement indépendants maintenant et accuser le second de produire des pesticides (donc des cancers !) afin que les premiers puissent vendre le médicament qui les soigne, le tamoxifène, relève d’un fantasme « poétique ». Et les Juifs, dans tout ça ? Ah, oui, une filiale de Syngenta, Adama, a son siège en Israël ! Qu’elle ait été rachetée il y a quinze ans par une entreprise publique chinoise n’a pas à entrer en ligne de compte : du moment qu’on peut glisser le mot « Israël », même dans une démonstration foireuse, ça fait des voix pour M. Mélenchon, c’est tout bénéfice !

Un de mes collègues, directeur de recherche au CNRS, semble appartenir à la mouvance LFiste[7]. Il me reprochait un jour de l’avoir traité de « militant ». Je lui ai répondu que ce n’était pas une injure et que je militais bien pour l’intégrité scientifique, contre l’antisémitisme, et que j’avais quelques autres engagements. Il m’a répondu noblement qu’il militait, lui, pour la « santé publique ». En fait, l’objet de son combat est l’interdiction des pesticides dans l’agriculture : le lien est ténu, mais pourquoi pas ? Puisque tant de personnes le croient, c’est sûrement vrai ! Et je me suis rendu compte que, pour une fois, nos combats convergeaient, le sien contre les attaques que conduisait LFI contre la santé publique, le mien contre l’ignominie de l’antisémitisme passionné de ce parti politique.

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Jacques Robert

Professeur émérite de cancérologie, université de Bordeaux

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