La rentrée universitaire est traditionnellement le temps des annonces : nouvelles formations, nouveaux séminaires, appels à projets, colloques et programmes de recherche dessinent les orientations de l’année qui commence. À l’Observatoire, nous considérons qu’il est de notre mission de documenter cette actualité universitaire, de la rendre accessible et d’en conserver la trace.
Cette veille paraît d’autant plus nécessaire que le débat public sur l’École et l’Université françaises est traversé par une inquiétude désormais difficile à ignorer : celle de la baisse du niveau scolaire, des difficultés croissantes dans la maîtrise des savoirs fondamentaux et des résultats français dans les évaluations internationales, notamment PISA. Dans ce contexte, la manière dont les établissements d’enseignement supérieur choisissent leurs priorités intellectuelles, pédagogiques et financières mérite d’être regardée avec attention.
Il ne s’agit pas ici de commenter chaque initiative ni d’en caricaturer les intentions. Il s’agit d’abord de documenter. La rentrée 2026 permet ainsi d’observer la permanence — et parfois l’institutionnalisation — de thématiques liées au genre, aux sexualités, à la « racialisation », à la décolonisation ou à l’« égalité-diversité-inclusion » dans les enseignements, les programmes de recherche et les structures administratives universitaires.
Voici onze éléments relevés au cours de notre veille.
1. Paris 8 : un enseignement ouvert à tous consacré aux concepts des études de genre
Le catalogue 2026-2027 de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis fait apparaître un EC libre intitulé « Concepts en genre : genèse, évolution, circulation », qui débutera le 21 septembre. Le séminaire entend enseigner le vocabulaire et les concepts fondamentaux des études de genre et retracer leur circulation entre France et monde anglophone, avec notamment Angela Davis et bell hooks parmi les références annoncées. Il est proposé comme EC libre, donc au-delà d’un cursus spécialisé en études de genre.[1]Voir source
2. Institut du Genre : jusqu’à 5 000 € pour diffuser les recherches sur le genre et les sexualités hors de l’université
L’appel « Science avec et pour la société » du GIS Institut du Genre reste ouvert jusqu’au 7 septembre 2026. Il finance jusqu’à 5 000 € des projets d’études sur le genre et les sexualités associant chercheurs et acteurs extra-académiques et visant explicitement la « médiation », la « dissémination », la « valorisation » et la diffusion des résultats auprès du grand public ou des décideurs publics et privés. L’appel est ouvert aux enseignants-chercheurs et chercheurs titulaires des établissements publics partenaires du GIS [2]Voir source
3. Sciences Po : le « gatekeeping genré » des métiers de la programmation
Le médialab de Sciences Po annonce pour le 4 septembre 2026 une séance commune avec le séminaire « Genre et Espace numérique » du Centre Internet et Société : « Not all devs ? Quelques éléments pour penser le gatekeeping genré dans les métiers de la programmation web ». Il s’agit d’un indice intéressant de l’extension des analyses de genre à l’informatique et aux professions techniques[3]Voir source
4. Paris Nanterre : « Genre, droit et numérique »
La revue universitaire Intersections. Revue semestrielle Genre & Droit, liée à l’Université Paris Nanterre, maintient jusqu’au 18 septembre 2026 son appel pour un dossier « Genre, droit et numérique ». L’appel cite notamment les cyberviolences et le « body positivisme » ainsi que le féminisme numérique. La revue revendique plus largement le croisement du droit et du genre et accepte, dans son appel permanent, des lectures intersectionnelles associant classe, origine, « race », handicap et âge.[4]Voir source
5. Littérature francophone : clôture aujourd’hui de l’appel « Espaces et temps queer »
L’appel de la revue Nouvelles Études Francophones, relayé par l’Institut du Genre et Fabula, arrive précisément à échéance ce 15 août 2026. Le texte définit la « queerité » à la fois comme identité, mouvement postidentitaire, « praxis politique et esthétique » et expérience de subjectivation. Il invite également à penser les espaces queer au regard des « héritages coloniaux », de « l’impérialisme culturel », des « dynamiques de racialisation » et des « expériences minorisées ».[5]Voir source
6. Paris-Saclay : nouveau DU « Politiques pénales et violences de genre »
L’Université Paris-Saclay ouvre à la rentrée 2026 un DU consacré aux « Politiques pénales et violences de genre ». Le programme débute les 28-29 septembre 2026 et comporte notamment une séquence intitulée « La racialisation des violences sexistes », ainsi qu’un enseignement sur les mobilisations militantes et institutionnelles contre les violences de genre et les critiques féministes de l’agentivité [6]Voir source
7. Sciences Po : poursuite du séminaire « Genre et International »
Le CERI de Sciences Po annonce pour le 15 septembre 2026 une séance intitulée « Le genre dans les organisations internationales : un terrain plus accessible ? ». La recherche présentée porte sur la diversité au sein de l’ONU et compare notamment la disponibilité des données relatives au genre à celle concernant la diversité géographique et les nationalités. L’événement appartient explicitement au séminaire « Genre et International ».[7]Voir source
8. Un appel « Décoloniser la comparaison » arrivé à échéance fin juillet
À la frontière de la précédente période de veille, Fabula recensait jusqu’au 31 juillet 2026 l’appel « Décoloniser la comparaison : la transautochtonité littéraire aux Amériques », pour la revue @nalyses. Son intérêt pour notre corpus tient au déplacement explicite de l’impératif de décolonisation vers une opération méthodologique centrale des études littéraires : la comparaison [8]Voir source
9. La rentrée universitaire prolonge l’institutionnalisation des missions EDI
L’Université de Lorraine dispose désormais d’un portail institutionnel spécifiquement intitulé « Égalité – Diversité – Inclusion ». La mission revendique des actions de formation et de sensibilisation et son actualité met notamment en avant l’accessibilité, les langues et l’inclusion. Il ne s’agit pas d’un événement ponctuel mais d’un indice structurel : l’acronyme EDI est désormais utilisé comme catégorie administrative universitaire française. [9]Voir source
10. Université Paris Cité : une mission EDI couvrant genre, identité sexuelle, origine, religion, handicap et apparence
La Faculté des Sciences d’Université Paris Cité présente elle aussi une « Mission Égalité Diversité Inclusion ». Son champ recouvre explicitement l’âge, « l’orientation ou l’identité sexuelles », le sexe ou le genre, les origines, la religion, le handicap et l’apparence physique. Elle revendique trois fonctions : information/sensibilisation, formation de toute la communauté universitaire et traitement des signalements. [10]Voir source
11. Un élément à conserver pour la rentrée : Sorbonne Nouvelle et « fabrique du genre »
La Sorbonne Nouvelle annonce pour les 19-20 novembre 2026 un colloque « Espaces de sociabilité et fabrique du genre dans le monde anglophone 19-21 ». Il clôt un projet Sorbonne Alliance conduit depuis 2024 et part explicitement des études de genre comme étude des « rapports de pouvoir entre les identités sexuées » et des hiérarchies qui structureraient les espaces sociaux, politiques et culturels. [11]Voir source
Documenter pour comprendre
Cette première moisson de rentrée ne prétend évidemment pas épuiser l’actualité universitaire française. Elle permet néanmoins de constater la continuité de phénomènes que l’Observatoire documente depuis plusieurs années : diffusion des études de genre dans des disciplines toujours plus diverses, installation du lexique de la « racialisation » et de la décolonisation dans certains champs de recherche, développement des dispositifs EDI et financement de la diffusion de ces travaux au-delà de l’espace académique.
À l’heure où l’institution scolaire et universitaire doit répondre à des difficultés considérables — niveau des élèves, maîtrise de la langue, transmission des savoirs, attractivité des métiers de l’enseignement, résultats internationaux —, documenter les choix intellectuels et institutionnels de l’Université reste indispensable.
La lutte continue. Mais elle est d’abord, pour nous, une lutte intellectuelle : celle qui consiste à lire les textes, conserver les sources, confronter les discours aux faits et permettre à chacun de juger sur pièces. C’est précisément pourquoi l’Observatoire entend rester fidèle à l’une de ses missions essentielles : documenter méthodiquement les transformations idéologiques, scientifiques et institutionnelles de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Cette veille de rentrée se poursuivra donc tout au long de l’année universitaire 2026-2027.