Petite chronique des journées de braises où nous retrouvons nos incontournables Rita et Grema.
Le soir tombait sur le lycée Paul Eluard. Un vent d’espoir balayait de ciel noir. L’espoir des policiers voyant enfin se dissiper la fumée du brasier et des tirs de mortiers que les sympathiques lycéens leur adressaient entre deux projections de boulons variés.
Derrière leurs boucliers, les représentants de l’ex-force désormais farce de l’ordre avaient épuisé leur stock de pétales de roses, seuls projectiles souverainement autorisés. Ne leur restait plus comme dernières armes qu’adresser de tendres et empathiques baisers à leurs agresseurs.
Evitant de traverser la cité Gabriel Péri, Grema, nimbée de son keffieh de cérémonie, arriva devant les grilles du lycée. Tout du moins ce qu’il en restait. Blanche comme une asperge (mais pas comme une oie), notre giécqueuse internationale faisait tache au milieu de la masse colorée des cagoules. Contraste encore accentué par les tenues noires de black blocs à Rolex venus sportivement soutenir leurs camarades lycéens et, selon la règle éléfiste d’inversion des valeurs, massacrer la « police qui tue ». Un contraste qui réjouissait les photographes conviés.
Contournant un édile qui bégayait des pinceaux dans son écharpe tricolore en exécutant une danse excisive, Grema enlaça un ado boutonneux arborant fièrement un tee-shirt « Nick ton maire ».
- Approche-toi, mon trésor. On va faire un selfie pour mon amie Rita.
Cette dernière, qui était à Bruxelles, ne put ouvrir son portable car elle s’était malencontreusement empêtré les pieds dans un drapeau israélien qu’elle avait tout aussi malencontreusement jeté à terre, effrayée par l’étoile de David qu’elle avait prise pour une grosse araignée. C’est tout du moins la très plausible explication de l’incident qu’elle délivrait aux journalistes inféodés présents.
Après avoir traversé un buisson de drapeaux palestiniens, probable revendication lycéenne pour l’amélioration des cours de géographie, Grema aperçut Mathilde P., les joues empourprées, qui jetait dans une poubelle en flammes des poignées de rubans roses en criant « Vive le cancer du sein ». Laissant son amie à sa transe, Grema décida d’aller visiter d’autres foyers de festivités. Elle se promit aussi d’aller dans la semaine à Limoges où, à la grande joie des contribuables, on annonçait des soldes sur la porcelaine.
En chemin vers sa limousine avec chauffeur garée près de l’université, Grema croisa sur sa route un sbire de l’IGPN qui sermonnait un CRS semi-comateux car un lycéen s’était plaint auprès de la LDH de s’être retourné un ongle en lui fracassant le crâne. Grema, souriante, murmura alors : « Tout est très bien dans le meilleur des mondes ».
En même temps, au Palais, l’ (in)flexible souverain Cogito-Ego-Sum 1er, regardait avec empathie les événements à la télévision. Il interrogea sa cour.
« C’est une révolution ? »
« Euh ! Non, sire, c’est une journée portes ouvertes » répondit le ministre de l’inférieur « Mais la situation est globalement sous contrôle ».