Tous les journaux se sont emparés de la révélation récente du plagiat commis par un professeur de sociologie de l’université de Cambridge, Jason Arday. Comme on l’a vu avec Étienne Klein, le plagiat est devenu monnaie courante, si courante que l’ancien président du CNRS, Antoine Petit, a déclaré il y a quelques années que ce n’était pas de la triche avérée[1]Voir source. C’est en septembre 2025 que le média en ligne Times Higher Education a enquêté sur cette affaire de fraude et s’apprêtait à publier un article quand il a reçu des menaces d’Arday via un cabinet d’avocats : il a renoncé à cette publication. Il a fallu attendre juillet 2026 pour que le site Retraction Watch publie une enquête détaillée[2]Voir source et révèle des échanges avec les scientifiques qui avaient découvert ces plagiats, les dénégations d’Arday et les menaces qui les accompagnaient.
Le plagiat en question est avéré : l’analyse des publications et de la thèse d’Arday, soutenue avant son recrutement à Cambridge, le montre de façon claire. Il y a du mot à mot, il y a quelques changements de pure forme, il y a la reprise maladroite des données d’un article publié par un autre chercheur : il n’est pas besoin d’être sociologue pour détecter la fraude, il suffit de savoir lire. L’université de Cambridge a, dans un premier temps, défendu vigoureusement cet enseignant qu’elle avait recruté à grand bruit en 2023, puis déclaré que, comme sa thèse avait été soutenue avant son recrutement, elle n’avait pas à enquêter ; c’est tout à fait absurde, comme l’a souligné rapidement Yves Gingras dans les commentaires faisant suite à l’enquête de Retraction Watch, puisque sa thèse a forcément contribué à son recrutement, même si elle n’a peut-être pas été indispensable. La déclaration de la directrice du département de sociologie de l’éducation l’université de Cambridge, Hilary Cremin, est absolument navrante[3]Voir source : elle révèle involontairement qu’elle n’a manifestement pas lu la thèse ni les articles signés par Arday… Un monument d’ignorance et d’incompétence !
Très vite après les révélations de Retraction Watch, les journaux et les magazines de la presse générale se sont emparés de l’affaire qui est ainsi devenue publique, et une pétition a été lancée pour soutenir Arday (c’est la première fois que je vois des pétitionnaires soutenir un fraudeur avéré)… et l’université de Cambridge, suivie par le Jesus College auquel appartient Arday, a finalement été contrainte d’annoncer qu’elle allait diligenter une enquête. Malgré ses dénégations et ses menaces, Arday s’est senti acculé et a démissionné de son poste de professeur : il est certain qu’il se donne ainsi l’impression de partir de son plein gré afin de ne pas connaître l’humiliation d’un renvoi.
Qui est donc Jason Arday ? Il affirme qu’il est autiste « non verbal », qu’il a appris à lire et à écrire à 18 ans, qu’il a couru 30 marathons en 35 jours et qu’il a été footballeur professionnel. On voit déjà les capacités d’affabulation du personnage… Qu’enseignait-il à Cambridge ? Dans son travail de recherche récent, il conduisait une étude sur les difficultés rencontrées par des étudiants issus de minorités ethniques afin de mieux comprendre les problèmes de santé mentale auxquels ils étaient confrontés ; il était donc engagé dans ces grievance studies[4]Que Nathalie Heinich appelle les « études geignardes » … qui ont remplacé les disciplines classiques dans le nouveau monde du wokisme universitaire. C’est un sujet de recherche comme un autre, tout de même plus sérieux que celui de ce chercheur nantais qui « enquête sur le racisme sexuel dans les contextes gays, initialement à partir de [son] expérience et maintenant à partir d’autres terrains (pornographie amateure interraciale en ligne)[5]Robert J. Science, La Citadelle assiégée. Héliade, 2026, p. 52. ».
Alors, pourquoi tout ce raffut autour d’un banal problème de plagiat ayant entraîné la démission d’un banal professeur de sociologie infatué de lui-même ? Ah, c’est vrai, j’oubliais ! Jason Arday est Noir ! Quelle importance ? me direz-vous. Cela ne devrait en avoir aucune, la couleur de la peau n’incite à la fraude ni n’en protège. Seulement voilà : ce qui est ressorti en premier lieu dans la presse, c’est qu’il était le plus jeune professeur noir jamais recruté à Cambridge… et que l’université ne voulait pas perdre ce fleuron qui la rangeait sans effort dans le camp du Bien, allant jusqu’à le présenter comme un « star sociology professor ». Si une pétition a été lancée, c’est parce ce que, très vite, on a soupçonné de racisme les universitaires britanniques qui ont détecté et dénoncé le plagiat. Le pays où la fraude scientifique est la plus omniprésente est la Chine, sous sa forme la plus achevée de fabrication des résultats. Accuserait-on de racisme « anti-Jaune » ceux qui l’ont démontré ? En revanche, il suffit que l’on dise que Jason Arday est plagiaire et noir pour qu’on soit aussitôt taxé de racisme et poursuivi… Le journaliste qui avait enquêté l’an passé pour Times Higher Education, Jack Grove, a même reçu la visite de la police britannique après une plainte d’Arday – qui semble avoir bien compris le système. J’ai recensé parmi les plagiaires les plus condamnables[6]Robert J. Science, La Citadelle assiégée, op. cit., p. 57 sq. un grand rabbin, un prêtre jésuite et un pasteur évangélique à succès et je suis formel : ni la religion ni l’ethnie ne jouent un rôle dans la tentation de frauder… Juste un ego démesuré !
Reste une question : Jason Arday aurait-il été recruté en fonction de la couleur de sa peau et non de ses mérites ? Une telle question serait-elle incongrue ? Un universitaire a déclaré, dans un commentaire faisant suite à l’enquête de Retraction Watch[7]Voir les commentaires faisant suite à l’enquête de Retraction Watch., que son travail et ses publications ne sont en aucune façon remarquables, qu’il écrit terriblement mal, et qu’il le rangerait dans le dernier quart de ses étudiants de licence… Comment pourrait-il former ses étudiants à penser et à écrire ? se demande-t-il. Kathleen Stock, qui enseigna pendant vingt ans la philosophie à l’université du Sussex, a confirmé dans une brillante interview l’inanité de son travail universitaire, construit sur plaintes et récriminations, en contradiction avec ses déclarations publiques pavées de bonnes intentions et de déclarations oiseuses du style love and peace. Elle nous donne au passage une excellente définition de ce que doit être une université et de ce qu’elle ne doit pas être ; je la cite avec plaisir : « À l’université, notre rôle n’est pas de promouvoir la justice sociale ni de réparer les injustices ; nous voulons attirer une part relativement restreinte de la population, les personnes pleines de ressources et qui semblent prometteuses, pour former leur esprit dans la rigueur, afin qu’elles en ressortent avec une pensée plus structurée et, peut-être, après avoir apporté une véritable contribution au savoir ».
L’affaire Arday renvoie, bien sûr, à cette ancienne présidente de l’université Harvard, Claudine Gay, dont on ne s’est aperçu de sa médiocrité et de ses plagiats que lorsque son inaptitude à condamner l’antisémitisme s’est manifestée[8]Voir source … Quand l’université de Cambridge a recruté Jason Arday, elle n’avait pas affiché, comme celle d’Ottawa[9]Leroux R. Les deux universités. Postmodernisme, néo-féminisme, wokisme et autres doctrines contre la science. Éditions du Cerf, 2022., que « cette offre [était] ouverte aux personnes noires qualifiées de l’Afrique ou de la diaspora africaine », mais peut-être avait-elle une arrière-pensée ?