«Orlando, ma biographie politique» : Woolf relié queer

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Read More  BerlinaleArticle réservé aux abonnésLe corps comme champ politique occupe intensément cette Berlinale, avec en première mondiale la relecture du chef-d’œuvre de Virginia Woolf par le philosophe Paul B. Preciado.L’actrice Kori Ceballos dans «Orlando…». (Les Films du Poisson)par David Le Guillermic (à Berlin)publié le 22 février 2023 à 3h00Dès avant l’ouverture de cette 73e édition, une question flottait sur les lèvres : le philosophe Paul B. Preciado (1) viendra-t-il à Berlin ? Samedi, le doute semblait intenable et l’émotion du public à son apparition, comme la standing ovation qui a suivi la projection de son tout premier film, n’a fait que confirmer la puissance de séduction de sa pensée et du personnage bien au-delà de France. Objet il y a trente ans d’une adaptation de Sally Potter avec Tilda Swinton, l’aristocrate transgenre et pluriséculaire de Virginia Woolf est ici revisité dans un contexte contemporain, et avec Orlando, ma biographie politique, capsule d’artificialité revendiquée et brouillage ludique des genres – récit autobiographique, manifeste, interview vérité… cabaret disco – on part loin, très loin dans l’inconnu.Preciado s’illustre ici en retenue et légèreté, laissant se déployer, circuler et se réincarner le texte publié en 1928, d’une modernité et d’une splendeur sidérantes si on l’a oublié. Représenté par une vingtaine de personnes transgenres et non binaires portant collerette, Orlando, dont le devenir se confond avec celui de l’auteur, est autant de diffractions de l’être, et ce n’est pas la moindre des inventions dont le film foisonne, assemblage punk et camp d’une poésie affolante, où les temps, registres et voix entrent en interférences. Dans ce joyeux laboratoire d’images et de concepts se glissent des caméos de légendes du Paris queer – Jenny Bel’Air, Pierre et 

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Le corps comme champ politique occupe intensément cette Berlinale, avec en première mondiale la relecture du chef-d’œuvre de Virginia Woolf par le philosophe Paul B. Preciado.

L’actrice Kori Ceballos dans «Orlando…». (Les Films du Poisson)

par David Le Guillermic (à Berlin)

publié le 22 février 2023 à 3h00

Dès avant l’ouverture de cette 73e édition, une question flottait sur les lèvres : le philosophe Paul B. Preciado (1) viendra-t-il à Berlin ? Samedi, le doute semblait intenable et l’émotion du public à son apparition, comme la standing ovation qui a suivi la projection de son tout premier film, n’a fait que confirmer la puissance de séduction de sa pensée et du personnage bien au-delà de France. Objet il y a trente ans d’une adaptation de Sally Potter avec Tilda Swinton, l’aristocrate transgenre et pluriséculaire de Virginia Woolf est ici revisité dans un contexte contemporain, et avec Orlando, ma biographie politique, capsule d’artificialité revendiquée et brouillage ludique des genres – récit autobiographique, manifeste, interview vérité… cabaret disco – on part loin, très loin dans l’inconnu.

Preciado s’illustre ici en retenue et légèreté, laissant se déployer, circuler et se réincarner le texte publié en 1928, d’une modernité et d’une splendeur sidérantes si on l’a oublié. Représenté par une vingtaine de personnes transgenres et non binaires portant collerette, Orlando, dont le devenir se confond avec celui de l’auteur, est autant de diffractions de l’être, et ce n’est pas la moindre des inventions dont le film foisonne, assemblage punk et camp d’une poésie affolante, où les temps, registres et voix entrent en interférences. Dans ce joyeux laboratoire d’images et de concepts se glissent des caméos de légendes du Paris queer – Jenny Bel’Air, Pierre et

 

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