Observatoire d’éthique universitaire
Menu

La révolution culturelle est arrivée en Californie

La révolution culturelle est arrivée en Californie

Jacques Robert

Professeur émérite de cancérologie, université de Bordeaux
La Révolution culturelle ! On dirait que les plus jeunes l’ont oubliée… L’ont-ils jamais connue, en ont-ils seulement entendu parler ? Elle a sévi en Chine pendant toute une décennie, de 1966 à 1976 et la voici en Californie...

Table des matières

La révolution culturelle est arrivée en Californie

La Révolution culturelle ! On dirait que les plus jeunes l’ont oubliée… L’ont-ils jamais connue, en ont-ils seulement entendu parler ? Elle a sévi en Chine pendant toute une décennie, de 1966 à 1976 et a permis à Mao Tsé-Toung de raffermir son pouvoir. Souvenez-vous : les Gardes rouges ont tout pouvoir, « les intellectuels sont publiquement humiliés, les mandarins et les élites bafoués, les valeurs culturelles chinoises traditionnelles et certaines valeurs occidentales sont dénoncées au nom de la lutte contre les “Quatre Vieilleries” » [1]. L’autocritique publique des professeurs est exigée, et malheur à qui ne se conforme pas aux préceptes du Petit Livre Rouge ! « La grande révolution culturelle prolétarienne vise à liquider l’idéologie bourgeoise, à implanter l’idéologie prolétarienne, à transformer l’homme dans ce qu’il a de plus profond, à réaliser sa révolution idéologique, à extirper les racines du révisionnisme, à consolider et à développer le système socialiste. »

L’esprit de la Révolution culturelle s’est emparé du système d’enseignement supérieur en Californie, à l’étape du college, intermédiaire entre la high school (le lycée) et l’université. C’est Corine Lesnes, correspondante du Monde à San Francisco qui nous le raconte[2]. Que faire sinon citer les premières phrases de son article ? « Les 61 000 professeurs des community colleges se voient sommés d’intégrer une perspective antiraciste dans leurs cours et d’identifier leurs préjugés en la matière. Ils sont invités à manifester une conscience constante et une reconnaissance des identités raciales avec une compréhension de leur signification dans la création de structures d’oppression. Il leur est recommandé d’identifier leurs préjugés et le tort causé par leurs comportements. Tout professeur qui déclare ne pas être raciste est dans le déni. Celui qui affirme pratiquer un enseignement au mérite ne fait que renforcer l’idéologie dominante. Le mérite protège le privilège blanc ». 

Je réécris la description de la Révolution culturelle en changeant juste quelques mots : « Le grand mouvement d’éveil vise à liquider l’idéologie blanche, à implanter l’idéologie woke, à transformer l’homme dans ce qu’il a de plus profond, à réaliser sa révolution idéologique, à extirper les racines du privilège blanc, à consolider et développer le système antiraciste ». Et je réécris ensuite le manifeste de la direction des community colleges tel que nous le décrit Corine Lesnes : « Les professeurs se voient sommés d’intégrer une perspective socialiste dans leurs cours et d’identifier leurs préjugés en la matière. Ils sont invités à manifester une conscience constante et une reconnaissance des identités prolétariennes avec une compréhension de leur signification dans la création de structures d’oppression. Il leur est recommandé d’identifier leurs préjugés de classe et le tort causé par leurs comportements. Tout professeur qui déclare ne pas être bourgeois est dans le déni. Celui qui affirme pratiquer un enseignement au mérite ne fait que renforcer l’idéologie dominante. Le mérite protège le privilège bourgeois ». 

« Tous les grands événements se répètent pour ainsi dire deux fois », a écrit Hegel, que Marx a complété ainsi : « La première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Quand donc sera-t-il mis fin à la farce du wokisme ? Si c’est une farce, qui sera le dindon ?

Auteur

Jacques Robert

Professeur émérite de cancérologie, université de Bordeaux

Toutes ses publications

Droit de réponse et contributions
Vous souhaitez réagir ? Soumettez une proposition de tribune →

Vous pourriez aimer aussi :

La liberté académique malmenée : d’une affaire Jason Arday à une affaire Nathan Cofnas

Les affaires Jason Arday et Nathan Cofnas montrent comment les universités, invoquant tour à tour inclusion ou déontologie (mais pas la liberté académique), évitent d’assumer leurs propres responsabilités. Après avoir examiné les travaux controversés de Cofnas, notamment sur l’hérédité de l’intelligence, Jacques Robert juge certaines de ses positions très discutables sur les plans scientifique et éthique, mais estime qu’elles relèvent néanmoins de la liberté académique.

Chronologie d’un désastre : comment le genre est entré dans la politique française de l’enseignement supérieur

Au tournant du XXIe siècle, la politique du genre dans l’enseignement supérieur ne se présente pas encore sous la forme familière qu’elle prendra quinze ans plus tard dans les universités françaises. Les recherches féministes, les politiques d’égalité entre les femmes et les hommes et les débats sur la place des femmes dans les carrières scientifiques lui sont bien antérieurs. Mais la charnière du siècle voit se systématiser, dans plusieurs pays, une autre manière d’agir : il ne s’agit plus seulement d’aider des individus ou de corriger ponctuellement des inégalités, mais de transformer les institutions qui les produiraient ou les reproduiraient.
Ce qu'il vous reste à lire
0 %

Peut-être devriez-vous vous abonner ?

Sinon, ce n’est pas grave ! Vous pouvez fermer cette fenêtre et continuer votre lecture.

    S'enregistrer: