« Je suis “gender fluid” : j’oscille entre la masculinité et la féminité, c’est assez flou »

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« Je suis “gender fluid” : j’oscille entre la masculinité et la féminité, c’est assez flou »

Read More  CLARA DUPRÉ La première fois que j’ai osé paraître plus androgyne, c’était le jour où je me suis rasé la tête, le 16 novembre 2020. Ça représente un moment très important pour moi : j’ai dit au revoir à un symbole de mon mal-être. Je ne pouvais plus voir mes cheveux et j’avais envie de voguer entre les genres, de me sentir plus libre. J’avais déjà soumis l’idée à mes parents pendant le confinement et ça avait été un « non » catégorique de leur part ! J’ai donc été obligée de le faire dans leur dos, un lundi matin après leur départ au travail, alors que j’étais à la maison avec une partie de mes cours en distanciel. J’avais 15 ans, j’étais encore au lycée, à Dinan (Côtes-d’Armor). Le soir, quand mes parents sont rentrés, ils ont détesté. Mon père a fait la gueule, il me parlait à peine. Ma mère a lâché : « Oh non, tu n’as pas fait ça… » Moi, peut-être insolente, je leur ai dit qu’ils n’allaient pas recoller mes cheveux sur mon crâne. Cet épisode a été un des premiers trucs que j’ai fait pour affirmer mon excentricité : je fais ce que je veux et je ne vais pas laisser les autres décider de mon physique. Avec le recul, mes parents trouvent aujourd’hui que ça me va très bien. Je dirais que je suis gender fluid : j’oscille entre la masculinité et la féminité, c’est assez fluide et flou. Je ne suis pas une personne cisgenre, je vogue parmi tout ça. Les gens peuvent m’appeler « il » ou « elle », je m’en fiche, je me reconnais dans tout. De même que je me considère comme pansexuelle : pour moi, une attirance physique ou amoureuse se fait indépendamment du sexe de la personne. Je suis attirée par une personnalité, un sourire, un rire… Peu importe ce que la personne a entre les jambes ou les pronoms qu’elle utilise. « Je me sens enfin célébrée pour ce que je suis » Avant de me raser les cheveux, j’avais déjà eu un premier déclic, une sorte d’effet papillon, sans quoi ma vie aurait pu être totalement différente. En classe de seconde, ma prof de français nous avait emmenés voir un festival de courts métrages. Parmi lesquels le film Masculine, réalisé par Zoé Chadeau et écrit par Maxime Lavalle. C’est l’histoire d’un jeune homme gay qui rentre de soirée avec une drag-queen. Il y a une scène où la drag-queen fait un mini-show sur la chanson Y crois-tu, de Fishbach, que j’adore. Ça a réveillé quelque chose en moi, une réelle attirance pour ce milieu. J’ai compris que j’avais envie d’être à l’image de cette créature mystique, irréelle, exagérée, qui ressemble à une peinture. Sauf que, avec le lycée et mes parents à côté, je restais dans la retenue. Il vous reste 63.89% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés. 

CLARA DUPRÉ

La première fois que j’ai osé paraître plus androgyne, c’était le jour où je me suis rasé la tête, le 16 novembre 2020. Ça représente un moment très important pour moi : j’ai dit au revoir à un symbole de mon mal-être. Je ne pouvais plus voir mes cheveux et j’avais envie de voguer entre les genres, de me sentir plus libre.

J’avais déjà soumis l’idée à mes parents pendant le confinement et ça avait été un « non » catégorique de leur part ! J’ai donc été obligée de le faire dans leur dos, un lundi matin après leur départ au travail, alors que j’étais à la maison avec une partie de mes cours en distanciel. J’avais 15 ans, j’étais encore au lycée, à Dinan (Côtes-d’Armor).

Le soir, quand mes parents sont rentrés, ils ont détesté. Mon père a fait la gueule, il me parlait à peine. Ma mère a lâché : « Oh non, tu n’as pas fait ça… » Moi, peut-être insolente, je leur ai dit qu’ils n’allaient pas recoller mes cheveux sur mon crâne. Cet épisode a été un des premiers trucs que j’ai fait pour affirmer mon excentricité : je fais ce que je veux et je ne vais pas laisser les autres décider de mon physique. Avec le recul, mes parents trouvent aujourd’hui que ça me va très bien.

Je dirais que je suis gender fluid : j’oscille entre la masculinité et la féminité, c’est assez fluide et flou. Je ne suis pas une personne cisgenre, je vogue parmi tout ça. Les gens peuvent m’appeler « il » ou « elle », je m’en fiche, je me reconnais dans tout. De même que je me considère comme pansexuelle : pour moi, une attirance physique ou amoureuse se fait indépendamment du sexe de la personne. Je suis attirée par une personnalité, un sourire, un rire… Peu importe ce que la personne a entre les jambes ou les pronoms qu’elle utilise.

« Je me sens enfin célébrée pour ce que je suis »

Avant de me raser les cheveux, j’avais déjà eu un premier déclic, une sorte d’effet papillon, sans quoi ma vie aurait pu être totalement différente.

En classe de seconde, ma prof de français nous avait emmenés voir un festival de courts métrages. Parmi lesquels le film Masculine, réalisé par Zoé Chadeau et écrit par Maxime Lavalle. C’est l’histoire d’un jeune homme gay qui rentre de soirée avec une drag-queen. Il y a une scène où la drag-queen fait un mini-show sur la chanson Y crois-tu, de Fishbach, que j’adore. Ça a réveillé quelque chose en moi, une réelle attirance pour ce milieu. J’ai compris que j’avais envie d’être à l’image de cette créature mystique, irréelle, exagérée, qui ressemble à une peinture. Sauf que, avec le lycée et mes parents à côté, je restais dans la retenue.

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