Cette rubrique rassemble l’ensemble des analyses classées sous ce thème.

Puisqu’on vous dit que ça n’existe pas ! Et pourtant ? Eh bien, ça continue. On est déjà au volume 8 ? Le temps passe…

La récente affaire du Godot Groningue met en lumière une série d’éléments consternants sur le rapport de notre civilisation à la Littérature. Dans ce contexte particulièrement tendu de la cancel culture, l’annulation de mise en scène de Godot pensée par un metteur en scène irlandais relève d’une inquisition des moeurs de l’auteur inquiétante. D’un côté: une inquisition qui oeuvre à l’application du dogme. De l’autre: des hérétiques qui font amende honorable.
Au milieu de ce désert: la parole de Beckett qui demeure perdue au milieu du brouhaha et de la cacophonie moralisatrice qui tente de la faire taire et lui fait son procès. La troupe, comme l’Université elle-même, s’accordent donc pour condamner unanimement Beckett, ce pourri non inclusif.

Une mise en scène d’ En attendant Godot aux Pays-Bas a pris une tournure beckettienne lorsque la salle a annulé les représentations parce que le metteur en scène irlandais n’avait auditionné que des hommes pour la distribution exclusivement masculine des personnages. Nous proposons ici une traduction de l’article originellement paru dans IrishTime Magazine et relatant les faits.

La liberté de parole impose au fond à la société une attitude: celle de Ratched. Tout doit pouvoir se dire, car toute liberté revendiquée doit pouvoir trouver un canal d’expression dans la forme communautaire. Mais en même temps, une fois la parole dite: il n’est plus possible pour l’individu de s’extraire du groupe minoritaire dans lequel il s’est inscrit.

Vendredi 27 janvier, l’émission « Avec philosophie » de Géraldine Muhlmann revenait sur le colloque « Qui a peur de la déconstruction ? » organisé le week-end précédent à Paris I et inauguré par l’incontournable Sandra Laugier. Par son outrance et son sectarisme, tout ce discours invalidait la défense affichée de la déconstruction comme une « mise à plat des textes pour mieux les comprendre », qui n’est en aucun cas une « table rase », mais une « tentative de résister à l’effacement par la lecture rigoureuse des textes ».

La prétention à contribuer au progrès social de l’écriture inclusive (EI) se fonde sur des prémisses fausses, liées à une interprétation partiale déformant la réalité des fonctionnements grammaticaux attestés de la langue française. L’écriture inclusive est une réforme militante de la langue construite sur la dénonciation d’injustices imaginaires dérivant d’interprétations symboliques qui ne correspondent à aucune réalité proprement linguistique. Elle entend y inscrire diverses identités de sexe ou « visibiliser » les femmes, marketing politique qui n’a rien de commun avec la description des classes nominale du français et constitue une revendication politique fondée sur des croyances et non sur des connaissances empiriquement vérifiées. Ses partisans, même parmi les linguistes, prescrivent des ouvrages et références qui vont à rebours des méthodes, données et savoirs admis en sciences du langage.

Lettre de veille du 15 janvier au 21 janvier, avec de nouvelles informations extravagantes…

Pensez aux effets psychologiques possibles de ce tableau de Goya – qui ferait certainement perdre l’appétit à n’importe qui – dans lequel Saturne dévore goulûment ses propres enfants ? L’artiste espagnol a peut-être anticipé les révolutions stylistiques qui allaient survenir plus tard, mais qu’importe ? Devrions-nous montrer de telles horreurs aux jeunes ? Bien sûr que non ! Ce dont nous avons besoin, ce sont des oeuvres qui nous rendent fiers de ce que nous sommes (quoi que cela signifie), et certainement pas des oeuvres qui glorifient le cannibalisme ! Je suis épuisé… Mais je ne peux pas m’arrêter : il y a encore beaucoup de travail à faire. Nous devons faire preuve de plus de sensibilité envers les autres, effacer tout ce qui nous offense -ou, mieux : ce qui m’offense ! Ces idées ne manqueront pas de galvaniser les travailleurs et les électeurs indépendants dans les prochaines batailles électorales ! Mais c’est pour une autre fois ! Je suis encore en train d’apprendre ! Et j’ai hâte de voir quelles nouvelles leçons demain nous apportera.

Comme l’a montré l’historien Pierre Vermeren, des images de calendriers musulmans montrant Mahomet circulent librement jusqu’au milieu du 20e siècle dans le Maghreb et encore aujourd’hui dans les pays chiites, preuve s’il en était qu’il n’existe pas « un seul bloc islamique »: la science donne évidemment raison au Professeur de Hamline. Mais qui s’en soucie encore ? Alors que s’expriment sans cesse, y compris au sein même de l’Université française, les passions des communautés contre la science, il est important d’insister sur ce qui nous rassemble au sein de la même citoyenneté. À l’heure où les universités iraniennes s’enflamment pour défendre la liberté d’étudier en même temps que les pires obscurantistes se parent du nom de « taliban », ce qui dans leur langue ne l’oublions pas signifie les « étudiants », nous assistons en occident à une régression sans précédent de l’universalisme du savoir dont l’Université devrait être le temple.