Toi aussi, écris décolonial

Toi aussi, écris décolonial

Xavier-Laurent Salvador

Linguiste, Président du LAIC

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Toi aussi, écris décolonial

Toi aussi, joue à écrire ton texte décolonial. Rien de bien compliqué: 

D’abord, tu te bétonnes en vocabulaire jargonnant post-bourdieusien. On ne dit pas: « idée » mais « concept ». On ne dit pas : « femme » mais « groupe minoritaire subissant l’odieuse oppression coloniale du groupe majoritaire ». Le contraire de « femme », c’est d’ailleurs « blanc ». Le contraire de « blanc » c’est « non-blanc », ou « très blanc ». On ne dit pas « pauvre », c’est objectif. Non, on dit « opprimé ». Le contraire « d’opprimé », c’est « blanc », ou « très blanc ». On ne dit pas « groupe ethnique », on dit « Non-blanc ». Et le contraire de « non-blanc », c’est « blanc ». On ne dit pas « anticapitaliste », on dit « raisonnable » et « partagé ». Le contraire étant « blanc ». On ne dit pas « manque de subjectivité »: on dit « pour le ressenti et l’émotion ».

Tu te mets au clair sur des données scientifiques simples: par exemple, qu’est-ce que l’ethnologie ? Eh bien, c’est simple. C’est de la sociologie, mais faite par des gens un peu réactionnaires qui pensent évoluer dans le monde d’avant – le monde blanc. Qu’est-ce que l’anthropologie ? Eh bien, tu m’écoutes ? C’est de la sociologie, mais faite par des gens qui n’acceptent pas toujours qu’on redéfinisse leur discipline en France ou aux États-Unis sans leur avis en mode « non blanchité ». On les appelle « réactionnaires », ou « fascistes ». Qu’est-ce que la linguistique ? Une ancienne science blanche et caduque peuplée de « fascistes ». Qu’est-ce que la grammaire ? L’odieux signe de la répression structurelle dont sont victimes les minorités – ou « races ». Le bras armé des « fourches caudines » de la République.

Tu adoptes une posture subversive qui dénonce tous les tabous. Ton Leitmotiv est « déconstruction ». On t’a dit à l’école qu’être « raciste » c’est mal ? 

C’est parce que l’école est une institution oppressive. 

Lâche-toi: tu vas pouvoir parler de « races » partout, tout le temps. Mais attention, avec subtilité: la « race » est une « construction sociologique » qui n’a rien à voir avec les vieux préjugés biologiques de papy et mamie. Non, pour eux, c’était « biologique », la race; « dermique ». Maintenant, la « race » c’est « hype ». Pourquoi ? Parce que c’est sociologique. 

C’est pour ça d’ailleurs qu’on dit « blanc ».

Comment ? C’est : « connoté » ? Ah non, la connotation: ça n’existe pas. 

La langue influe totalement sur notre perception du monde, ça depuis que madame Butler l’a prouvé, on le sait: l’accord du masculin invisibilise les femmes. Mais dire « blanc », non, ça: ça n’a aucun effet.

Enfin, comme tu dois avant tout refuser toute neutralité axiologique contraire à l’émotion nécessaire pour la compréhension immédiate des phénomènes de discrimination, tu dois comprendre que toute institution White est oppressive. Oui, l’école; Oui, la langue. Oui, la République aussi. Oui, la laïcité surtout. 

Tout ça, c’est oppressif.

Comment ? Est-ce que cela peut renforcer ou créer un sentiment victimaire qui serait le terreau des luttes subversives armées ? Allons… sois raisonnable.

Bref, te voilà armé.

Soit un énoncé simple, traduis-le à ton tour en texte décolonial:

« Un homme veut entrer dans une réunion publique réservée aux gens qui suivent la ligne du parti unique »

Cela donnera:

« Un blanc revendiquant sa binarité non racialisée normative et refusant d’afficher ses pronoms en public cherche à imposer par la force son hégémonie en se faisant refouler d’une réunion publique en non-mixité consacrée aux thèmes de la recherche en sociologie ».

Tu vois ? C’est facile. 

Allez, lance-toi à ton tour.

Et si tu n’y parviens pas, regarde notre lexique – il te fournira les mots nécessaires pour penser juste.

J.B.

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