Non à l’adultisme misopède !

Non à l’adultisme misopède !

Cela impose, puisque le budget de la Nation est en discussion, de créer une enveloppe spécifique pour la lutte contre l’adultisme, destinée à favoriser des stages rémunérés animés par les enfants eux-mêmes, afin de mieux veiller à faire comprendre l’oppression spécifique qu’ils subissent. Ceux-ci auront pour objectif d’éveiller les parents et, au-delà, tous les adultes, à la relation toxique qui les a poussés à faire des enfants sans leur demander leur avis.

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Non à l’adultisme misopède !

Les 3 et 4 octobre dernier a eu lieu à Limoges un colloque intitulé : « Misopédie : la domination adulte dans les discours contemporains ». On ne saurait surestimer l’utilité d’un tel colloque, qui révèle qu’il y a plus invisible que les invisibles : leurs enfants. Qui se soucie de ceux d’une femme lesbienne noire transgenre ? Personne. Pourtant, ceux-ci sont bien victimes de l’adultisme dominant, qui ne fait prévaloir qu’un seul point de vue : celui de l’adulte, quelle que soit la couleur de sa peau, son genre ou son orientation sexuelle.

S’il ne fallait qu’une preuve de cette exclusion, il n’y a qu’à considérer les multiples cas de daronalgie, cette tendance structurelle qu’ont les adultes de se plaindre, si ce n’est de leurs enfants, en tout cas des contraintes qu’ils leur occasionnent. Pourtant, qui est plus opprimé qu’un enfant qui n’a pas demandé à naître ? C’est, ainsi, par une contrainte inaugurale que débute la vie de l’enfant, et qui ne se démentira plus jamais ensuite. De « range ta chambre » à « fais tes devoirs », les injonctions à devenir un enfant parfait, si ce n’est exemplaire, abondent. Quel adulte supporterait de subir une telle intrusion au sein même de son intimité ? La vie privée des enfants est tout simplement contestée, bafouée, écrasée du talon sans pitié d’un adultisme d’autant plus assuré de son pouvoir qu’il ignore jusqu’à son existence même.

Il est plus que temps de rendre visible cette culture de la misopédie par le hashtag #touchepastongosse. Il est urgent de revendiquer la parité dans toutes les instances où se décident l’avenir des enfants : pas une thèse portant sur l’enfance ne devrait comporter moins de 50 % de membres du jury âgés de 12 ans et moins. La lutte contre la misopédie devrait devenir une grande cause nationale, tandis qu’un Haut Conseil aux droits de l’enfant contre la tyrannie adultiste, là aussi composé d’une majorité de moins de 12 ans (les 12–16 ans constituant les autres membres du Conseil) aurait pour tâche de débusquer la misopédie partout où elle se niche, y compris dans les notes des professeurs, à qui il faut interdire de noter en dessous de 12 afin d’éviter toute situation qui rabaisserait l’enfant. Il faut aussi promouvoir l’usage de mots encourageants dans les commentaires des bulletins trimestriels, strictement encadrés et validés par le Haut conseil (ainsi « peut mieux faire » serait remplacé par « en route vers l’excellence »). 

Mais n’oublions pas que c’est d’abord dans la sphère domestique que les agressions ont lieu, et que tout parent est un bourreau qui s’ignore. C’est pourquoi il convient d’imposer, dès la crèche, des stages de bienveillance parentale et de dés-adultisation (définie comme violence spécifique à l’égard des enfants), renouvelable plusieurs fois tout au long de la scolarité. Cela impose, puisque le budget de la Nation est en discussion, de créer une enveloppe spécifique pour la lutte contre l’adultisme, destinée à favoriser des stages rémunérés animés par les enfants eux-mêmes, afin de mieux veiller à faire comprendre l’oppression spécifique qu’ils subissent. Ceux-ci auront pour objectif d’éveiller les parents et, au-delà, tous les adultes, à la relation toxique qui les a poussés à faire des enfants sans leur demander leur avis.

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