Le livre interdit : Ferghane Azihari contre l’islam

Le livre interdit : Ferghane Azihari contre l’islam

Vincent Tournier

Maître de conférences en science politique à l'IEP de Grenoble.
Le dernier essai de Ferghane Azihari livre une critique de l’islam, décrit comme intrinsèquement hostile à la modernité, à la liberté et au progrès. Malgré son succès éditorial, Vincent Tournier a remarqué un silence ou une réticence des médias à parler de ces thèses.

Table des matières

Le livre interdit : Ferghane Azihari contre l’islam

Avec L’islam contre la modernité, Ferghane Azihari connaît un beau succès éditorial. Pourtant, étrangement, une bonne partie des médias n’en parlent pas. On trouve certes des recensions dans Le Point ou Le Figaro mais pas un mot dans Libération¸ Télérama ou le Nouvel Obs. Silence total également dans l’audiovisuel public, toutes stations et chaînes confondues. Et si Le Monde a fini par lui consacrer un article (le 22 mars), c’est surtout pour insister sur le parcours jugé trouble de son auteur.

Ce silence interroge, surtout sur un sujet aussi sensible et explosif que l’islam. On se croirait revenu au temps de la Guerre froide lorsqu’il ne fallait pas parler des ouvrages qui entendaient dévoiler l’envers du décor, la face obscure du paradis.


Un procès sans concession

Il est vrai que Ferghane Azihari frappe fort. Très fort même. Son portrait de l’islam est au vitriol. L’analyse est impitoyable : à ses yeux, rien n’est à sauver. Le propos est d’autant plus redoutable qu’il est systématiquement sourcé et argumenté, et qu’il émane de quelqu’un qui est lui-même issu du monde musulman (il est originaire des Comores).

Dire que Ferghane Azihari bouscule la bien-pensance est un euphémisme. En réalité, il détruit méticuleusement tous les poncifs patiemment construits par un orientalisme plus ou moins naïf qui a voulu porter un regard optimiste ou indulgent sur l’islam. Il inverse la rhétorique victimaire : loin d’avoir été opprimé par un Occident prédateur, l’islam a été une religion conquérante bâtie sur la violence et l’exploitation, continuellement esclavagiste, profondément intolérante, aujourd’hui sur-représentée dans les guerres et les persécutions contre les minorités, et sous-représentée dans les sciences et l’éducation.

Non seulement cette religion a peu contribué au progrès de l’humanité, mais elle a détruit les civilisations qui lui ont préexisté, notamment en Perse, en Égypte ou au Maghreb, civilisations qui n’étaient nullement arriérées, contrairement à ce que prétend la vulgate historiographique musulmane.

Fermé aux apports extérieurs, réprimant férocement toutes les voix dissonantes, l’islam s’est révélé hermétique aux avancées culturelles et intellectuelles des sociétés auxquelles il a été confronté. Il est demeuré sourd à la pensée politique grecque et, plus tard, aux valeurs proposées par les Européens, préférant s’enfermer dans l’intransigeance de la loi coranique plutôt qu’adhérer aux bienfaits de l’éducation et de la démocratie. C’est cette hostilité viscérale envers l’innovation et la modernité qui a provoqué son déclin face à un Occident qui, de son côté, a privilégié la raison et l’ouverture.


Un livre qui dérange

Assurément, le livre de Ferghane Azihari est appelé à faire date. Ceux qui pensent avoir affaire à un pamphlet médiocre, vite et mal écrit, en seront pour leurs frais. Le livre est brillant, écrit au scalpel, et surtout solidement documenté. Ferghane Azihari a beaucoup lu, et bien lu. Il multiplie les citations et les références, tant littéraires qu’académiques ; il parcourt les siècles avec dextérité, explorant aussi bien l’histoire longue que l’actualité récente.

En temps normal, un tel talent mis au service d’une charge aussi féroce aurait dû interpeller les médias mainstream. Mais notre époque n’a rien d’ordinaire et, pour ceux qui restent figés dans des postures idéologiques ou militantes, le silence est encore la moins risquée des options. Cela se comprend. La réfutation d’un tel livre nécessite un effort coûteux. Et il sera difficile d’expliquer pourquoi un auteur de sensibilité libérale et de culture musulmane, fin lettré de surcroît, en arrive à des conclusions aussi sombres, preuves à l’appui.

Car Ferghane Azihari ne fait pas dans la demi-mesure. S’exprimant sans filtres, il n’hésite pas à lâcher de véritables bombes : la distinction entre l’islam et l’islamisme est une imposture ; l’islam des Lumières est aussi illusoire qu’un « stalinisme à visage humain » ; les fanatiques de Daech n’ont fait qu’appliquer les textes islamiques « à la perfection ». Bref, l’islam ne souffre pas seulement d’une crise passagère : ses défauts sont congénitaux, et c’est pourquoi les musulmans ne se mobilisent guère pour lutter contre les tendances obscurantistes qui se développent en son sein.


Un danger sous-estimé ?

La conclusion de ce livre est donc terrible : l’islam représente un danger pour les sociétés occidentales car, loin d’avoir évolué positivement à leur contact, il s’enfonce dans le refus de la modernité. Il menace même d’en effacer les principaux acquis comme l’acceptation de l’homosexualité, la liberté des femmes ou la supériorité de la science.

C’est la raison pour laquelle Ferghane Azihari plaide pour des mesures radicales (p. 326) : lutte déterminée contre l’islamisation, fermeture de l’immigration, expulsion des populations hostiles aux valeurs de la modernité, interdiction des Frères musulmans et de toutes les organisations fondamentalistes qui œuvrent en sous-main avec la complicité des « idiots utiles » de l’islamisation.

Parce qu’il est un amoureux et un connaisseur de l’histoire de France, Azihari ne manque pas de s’étonner : pourquoi la République, naguère si intransigeante avec sa propre religion historique (le catholicisme), est-elle devenue si indulgente avec « une superstition importée beaucoup plus dangereuse » ? Il suggère que les programmes scolaires intègrent, au nom de la démarche scientifique, un travail de déconstruction du Coran.

Bien entendu, une telle déconstruction a peu de chance de voir le jour mais elle serait pourtant nécessaire pour amener les musulmans à porter un regard critique sur leurs propres dogmes. Faute de quoi on voit mal comment la sombre prédiction de Ferghane Azihari, à savoir que la présence musulmane en France ne va pas cesser d’accroître les tensions et les polarisations, pourrait ne pas se réaliser.


Extraits p. 19-24.

L’auteur de ces lignes ne peut se résoudre à ce que le monde d’où viennent ses ancêtres reste englué dans la déchéance la plus complète. Aussi encensera-t-il le jour où l’Orient déjouera ce pronostic ; où le Pakistan disputera au Canada le titre de champion des droits des minorités ; où les éditorialistes français fustigeront les excès du féminisme en Afghanistan ; où l’Algérie sera submergée par les demandes de visas ; où le Soudan deviendra le refuge des arts et des lettres ; où la Suisse s’insurgera contre l’exil de ses talents et de ses capitaux vers la Mauritanie ; où Mayotte demandera son rattachement aux Comores pour profiter de leur opulence ; où l’Iran sermonnera l’Amérique sur sa pudibonderie à l’endroit des blasphémateurs ; où le Maghreb narguera Israël en se vantant d’héberger cent fois plus de Juifs prospères que l’État hébreu ne compte de citoyens arabes en son sein. Mais il se scandalise de voir que ce jour est loin, que les conditions pour qu’il advienne ne sont pas réunies et que les superstitions sanguinaires obtiennent le suffrage des musulmans dans les rares moments où ils peuvent se rendre aux urnes.

Pire, non content d’avoir ruiné l’Orient et transformé le berceau de la civilisation en son tombeau, l’Islam exporte l’obscurantisme vers des sociétés qui ont mis des siècles à s’en affranchir. En Europe, des diasporas réintroduisent les mœurs que leurs ancêtres ont fuies et dégradent, par leur foi, l’édifice bâti après tant de sacrifices et pour lequel tant d’exilés perdent leur vie. « Une partie de l’immigration musulmane en Europe souffre d’oikophobie, la haine de l’endroit où l’on vit », observe l’écrivain espagnol Arturo Pérez-Reverte. Marx affirmait que l’histoire se répète d’abord comme tragédie, puis comme farce. La pression que l’Islam exerce sur l’Occident fait écho à la lente altération, avant disparition, des civilisations antiques, gréco-romaines et orientales suite aux expansions musulmanes. La complaisance européenne face à cet obscurantisme n’en est que plus consternante.

« C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique », prophétisait l’écrivain et résistant André Malraux, la comparant au totalitarisme soviétique, tout en déplorant notre propension à la sous-estimer. Aveuglé par son amnésie religieuse, l’Européen mésestime la dangerosité de l’islam, quand il n’attend pas de l’indigène qu’il reste ce « bon sauvage », figé dans un décor arriéré, pour assouvir une méprisante soif d’exotisme. Il a effacé de sa mémoire l’ère où la religion dictait chaque facette de la vie et refuse de croire que les dévots puissent détruire nos sociétés. Bercé par les douceurs de la prospérité et les libertés modernes, l’Occidental les tient pour des dons immuables du ciel. Il oublie la virulence des combats passés pour les arracher aux griffes des superstitions et des théocrates. Qui se souvient du temps où Montesquieu proclamait sans détour que « la religion mahométane, qui ne parle que de glaive, agit encore sur les hommes avec cet esprit destructeur qui l’a fondée » ? L’irrévérence que les philosophes manifestaient à l’endroit des religions les plus dangereuses fait en effet passer les militants nationalistes et laïques contemporains pour des acteurs bien trop modérés. Nos sociétés se bercent des mots de Marx pour qui la religion n’est que « le soupir de la créature opprimée » et non le hurlement de l’oppresseur. Mais l’Histoire regorge de peuples émancipés sous la bannière de la sagesse : les croyances absurdes ne sont pas les seuls remèdes aux épreuves que tous les peuples prospères ont dû surmonter. Encore faut-il détruire les reliques barbares et autres mythes « qui condamnent à la bassesse et à l’ignorance les nations asservies et superstitieuses ».

Aussi cet « islam des Lumières » dont les conteurs nous rebattent les oreilles est-il aussi illusoire qu’un stalinisme à visage humain. Bien que porté par de braves militants, ce projet concède trop à la superstition, détournant les musulmans de la vérité : à l’instar de bien des religions, le message de l’islam n’est pas l’œuvre d’un dieu, mais celle de faussaires ayant vécu entre l’Antiquité tardive et le Moyen Âge, dans les environs de la péninsule Arabique. « La linguistique, l’histoire critique, la philologie, l’archéologie, sont en effet autant de domaines qui contredisent l’idée religieuse que le Coran serait un texte parfait et divin. » Appliquons le conseil de l’écrivain Boualem Sansal et reléguons ces fétiches dans un musée. L’Orient n’a pas toujours été musulman. Il gagnerait à ouvrir les yeux sur le cataclysme que fut l’irruption des disciples de Mahomet, qui l’ont dérobé à des mondes plus raffinés. En se libérant des tromperies de celui que Diderot désignait comme « le plus grand ennemi que la raison humaine ait eu », il ne rendrait pas seulement service au monde entier. Il accéderait à la paix véritable à laquelle les sociétés aspirent. Il suffit, pour cela, de renvoyer les faux dieux et prophètes vers les mauvais songes d’où ils ont surgi.



Illustration : Carte-portulan de la Méditerranée

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