La révision des peines du procès Paty

La révision des peines du procès Paty

Collectif des Observateurs

Le collectif des Observateurs est le compte des tribunes collectives du laboratoire : il exprime le point de vue de l'ensemble des membres.
Il est temps de rompre avec ces ambiguïtés judiciaires qui sapent le contrat social. La restauration de la République exige une justice qui nomme le terrorisme sans euphémisme, une revalorisation massive du corps enseignant et une laïcité qui ne cède rien au fanatisme. Samuel Paty n’est pas mort pour que ses assassins indirects bénéficient de remises de peine au nom d’une jeunesse mal éclairée ou d’une intentionnalité insuffisamment prouvée. Protégeons le service public d’éducation, ou assumons son déclin et la fin de la méritocratie républicaine. L’heure n’est plus à l’indulgence.

Table des matières

La révision des peines du procès Paty

Nous, membres de l’Observatoire d’éthique universitaire, qui sommes engagés depuis toujours pour la restauration de la République, de la méritocratie et d’une laïcité intransigeante, nous sommes sidérés par le verdict rendu le 2 mars 2026 par la cour d’assises spéciale de Paris dans l’affaire des complices de l’assassinat de Samuel Paty. Les faits, d’abord, doivent être rappelés sans euphémisme. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie au collège du Bois-d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, était décapité en pleine rue par Abdoullakh Anzorov, jeune Tchétchène radicalisé de dix-huit ans, pour avoir montré en classe, dans le cadre légitime d’un cours sur la liberté d’expression, des caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo. Les quatre accusés rejugés en appel avaient participé, chacun à son niveau, à la chaîne de haine qui avait désigné l’enseignant à la vindicte islamiste : Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, amis du tueur, l’avaient aidé à se procurer un couteau et, pour l’un, à le transporter jusqu’au collège ; Brahim Chnina, père de l’élève de treize ans qui avait menti sur le contenu du cours, avait lancé sur les réseaux sociaux une campagne de diffamation calomnieuse ; Abdelhakim Sefrioui, militant islamiste notoire, avait relayé et amplifié cette cabale en filmant et diffusant des vidéos accusatrices devant l’établissement. En première instance, en décembre 2024, la cour avait condamné Boudaoud et Epsirkhanov à seize ans de réclusion criminelle chacun pour complicité d’assassinat terroriste, Chnina à treize ans et Sefrioui à quinze ans pour association de malfaiteurs terroriste. Le 2 mars 2026, l’appel a produit un verdict sensiblement plus clément : Boudaoud écope de six ans de prison et Epsirkhanov de sept ans pour simple association de malfaiteurs, sans caractère terroriste ; Chnina voit sa peine ramenée à dix ans pour association de malfaiteurs terroriste ; Sefrioui conserve ses quinze ans pour les mêmes faits.[1]

Les ambiguïtés juridiques et morales que ce jugement soulève quant à la qualification même d’un crime dont l’horreur atteint son paroxysme avec une décapitation publique sont terribles. L’article 421-2-1 du Code pénal dispose sans équivoque que « constitue également un acte de terrorisme le fait de participer à un groupement formé ou à une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’un des actes de terrorisme »[2]. Or, les faits matériels sont patents : les deux jeunes ont fourni le renseignement géographique, l’arme blanche et le moyen de locomotion ; Chnina et Sefrioui ont créé le climat de lynchage médiatique qui a transformé un professeur en cible désignée. La cour d’appel a pourtant préféré, pour Boudaoud et Epsirkhanov, écarter l’intention terroriste au motif de leur jeunesse et d’un prétendu manque de pleine conscience du projet d’Anzorov, requalifiant ainsi leur rôle en simple délit de droit commun. Avec une ironie amère, on en vient à se demander si la justice française en est à exiger que le complice brandisse lui-même le couteau ou profère explicitement « Allahou Akbar » pour que le caractère terroriste soit retenu. Cette dissociation artificielle entre les mots de la haine et le geste barbare, entre la logistique matérielle et l’idéologie qui l’anime, relativise l’évidence : une décapitation pour cause de blasphème contre l’islam n’est pas un fait divers, mais l’aboutissement logique d’une entreprise collective visant à intimider la République dans l’une de ses fonctions les plus sacrées, l’enseignement. 

L’ambiguïté installée n’est pas que technique ; elle est surtout philosophique. Elle suggère que l’on peut aider un djihadiste sans partager pleinement les fins, comme si la radicalisation d’un individu pouvait rester invisible à ses proches les plus directs. Ce raisonnement fragilise la notion même de chaîne causale en matière terroriste et, par ricochet, la protection due aux serviteurs de l’État. Bon sang !

Les conséquences sur le monde enseignant sont immédiates et ravageuses. Nos collègues, largement sous-payés (un certifié débutant touche à peine plus de deux mille euros nets après cinq années d’études supérieures et un concours) se trouvent aux avant-postes de la misère sociale, culturelle et sécuritaire des quartiers où l’école reste le dernier îlot républicain. Mal formés à la laïcité effective, souvent issus d’une formation initiale qui privilégie les pédagogies « inclusives » au détriment de l’autorité du savoir, ils affrontent quotidiennement l’intimidation communautariste sans disposer ni des outils juridiques ni du soutien institutionnel nécessaires. Ce verdict vient aggraver leur isolement : pourquoi risquer sa carrière, sa santé mentale ou, comme Samuel Paty, sa vie, pour défendre la liberté d’enseigner les Lumières, la critique historique des religions ou la supériorité du droit français sur toute injonction religieuse, si la justice elle-même semble minimiser la responsabilité de ceux qui orchestrent les campagnes de diffamation ? La liberté d’enseigner, garantie par le statut de 1950 et par l’article premier de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, devient un principe théorique quand l’État ne protège pas ceux qui l’incarnent. On observera que l’on demande aux enseignants de former des citoyens éclairés tout en leur refusant les moyens de se défendre contre ceux qui les considèrent comme des apostats ! Le service public d’éducation, pilier historique de la méritocratie républicaine, sort affaibli : les démissions augmentent, les remplacements sont faits par des contractuels sous-formés, et la transmission des valeurs communes recule au profit d’un relativisme culturel qui arrange les islamistes. Protéger le service public n’est pourtant pas une option ; c’est une obligation républicaine. Nos « élites » en sont-elles encore pleinement conscientes ?


Enfin, et c’est le point le plus grave, ce verdict nourrit une défiance profonde et croissante à l’égard de la démocratie représentative en France, dont le débouché politique se fera, inéluctablement, lors des élections présidentielles de 2027. Lorsque des millions de citoyens, attachés à l’ordre républicain et à l’égalité devant la loi, constatent que l’État, après avoir failli dans la protection physique de ses enseignants, assimile les complices d’un crime terroriste à une simple association de malfaiteurs de droit commun, la confiance dans les institutions s’effondre. Les enquêtes d’opinion successives, depuis 2020, attestent de cette fracture : une majorité de Français perçoit la justice comme laxiste face à l’islamisme radical et impuissante face au séparatisme, tandis que les élites parisiennes invoquent sans cesse le « vivre-ensemble » et les droits de la défense. Cette défiance n’est pas irrationnelle ; elle est le produit logique d’un État qui semble plus prompt à poursuivre les « discours de haine » qu’à sanctionner les appels au meurtre. Aux présidentielles de 2027, ce ressentiment trouvera son expression électorale. Les forces politiques qui défendent une restauration de l’autorité de l’État, une laïcité sans concession et une méritocratie réelle (celles qui refusent le renoncement face au communautarisme) recueilleront les voix de ceux qui estiment que la République ne protège plus ses propres enfants. Car la démocratie ne survit pas à la perception d’une justice à deux vitesses : une pour les élites, une autre pour le peuple qui paie l’impôt et envoie ses enfants à l’école publique.

Il est temps de rompre avec ces ambiguïtés judiciaires qui sapent le contrat social. La restauration de la République exige une justice qui nomme le terrorisme sans euphémisme, une revalorisation massive du corps enseignant et une laïcité qui ne cède rien au fanatisme. Samuel Paty n’est pas mort pour que ses assassins indirects bénéficient de remises de peine au nom d’une jeunesse mal éclairée ou d’une intentionnalité insuffisamment prouvée. Protégeons le service public d’éducation, ou assumons son déclin et la fin de la méritocratie républicaine. L’heure n’est plus à l’indulgence.


Le texte est signé de tous les membres de l’Observatoire. Les premiers signataires sont:

  • Xavier-Laurent Salvador
  • Patrick Henriet
  • Gilles Guglielmi
  • Claire Laux
  • Emmanuelle Hénin
  • André Quaderi
  • Bruno Masala
  • Pierre Vermeren
  • Joseph Ciccolini
  • Jacques Robert
  • Renée Frégosi
  • Michel Fichant
  • Ivan Burel
  • Bruno Sire
  • Dominique Triaire
  • Pierre-Henri Tavoillot
  • François Roudaut
  • Vincent Tournier
  • Michel Albouy
  • Vincent Zarini

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