Qui ne se souvient de cet incroyable échange, il y a deux ans, entre une parlementaire américaine du parti Républicain, Elise Stefanik, et trois présidentes d’universités, Harvard, UPenn et le MIT[1]Voir source ? À la question de savoir si appeler au génocide des Juifs constituait une forme de harcèlement violant les règles de conduite de leur université, elles ont répondu avec un bel ensemble : « Cela dépend du contexte ». L’une d’elles a même déclaré « Si les paroles aboutissent à des actes, cela peut constituer du harcèlement ». Elle s’est bien sûr attiré la réponse qu’il fallait donc assassiner des Juifs pour violer le code de conduite de l’université. En guise d’excuse, elle a précisé « qu’elle était concentrée sur le fait que, dans la Constitution américaine, on ne peut pas être puni juste pour des mots ». Dans les universités américaines, appeler une personne transgenre par son prénom d’origine peut être considéré comme un acte de violence, mais appeler au génocide des Juifs ne l’est pas, au nom de la liberté d’expression.
Un élément nouveau, gravissime, vient d’être révélé dans le journal Atlantico[2]Voir source par Simone Rodan-Benzaquen, directrice générale de l’American Jewish Committee et Lina Murr Nehmé, professeur à l’université libanaise. Elles dévoilent que les universités américaines sont sous l’emprise d’une corruption institutionnelle majeure de la part d’un pays étranger, le Qatar. Les sommes en jeu sont de l’ordre de plusieurs milliards de dollars depuis 2005. Elles concernent les universités Georgetown à Washington (une université jésuite !), Cornell à New York, Yale à New Haven, Harvard à Boston, A&M au Texas, et des dizaines d’autres institutions qui se partagent cette manne, partiellement secrète.
« Une partie significative de ces fonds n’a pas été déclarée au Department of Education américain comme l’exige la loi – ce qui a déclenché une enquête fédérale dès 2019 », nous disent-elles. Comme toujours dans les phénomènes de corruption, la question est de savoir quelles sont les contreparties. « Ces financements, poursuivent-elles, ont permis la création de centres de recherche, de chaires, de programmes qui ont progressivement normalisé un certain nombre de positions : la délégitimation d’Israël comme “projet colonial”, la présentation de “l’islamophobie” comme catégorie analytique centrale – en lieu et place de la distinction entre racisme antimusulman et critique d’une idéologie –, et l’inscription des mouvements islamistes dans le récit “anti-impérialiste” de la gauche académique occidentale ».
La question que l’on peut se poser est relativement simple : existe-t-il un lien entre la manne ainsi distribuée larga manu par un pays qui sert de paravent et de financier au Hamas et au terrorisme islamiste, et la tolérance des présidentes d’universités américaines vis-à-vis de l’antisémitisme ? Certes, elles n’ont sûrement pas été rétribuées pour tolérer l’antisémitisme, mais la présence du Qatar peut diffuser un antisémitisme d’atmosphère. Elle est aussi susceptible d’orienter le recrutement d’enseignants qui lui sont favorables ou l’inscription d’étudiants originaires du Moyen-Orient qui pèseront par la suite sur la politique du pays d’accueil. L’université Cornell a été soumise par l’administration à une amende de 60 millions de dollars[3]Voir source pour cette tolérance à l’intolérable ; le président de cette université affirme que l’accord « ne constitue pas une reconnaissance de culpabilité », mais il « salue l’engagement du gouvernement à appliquer les lois existantes contre la discrimination, tout en protégeant notre liberté académique et notre indépendance institutionnelle ».
L’université McGill, au Canada, ne rechigne pas non plus à travailler avec l’argent du Qatar[4]Voir source et du Koweït[5]Voir source, même si les sommes en jeu sont assez misérables par rapport aux milliards distribués aux grandes universités américaines ! Le rapport de L’Institut pour l’étude de l’antisémitisme mondial et de la politique, daté de 2025, montre que « le Canada est une plaque tournante pour les organisations affiliées aux Frères musulmans, qui exercent une influence considérable sur la société civile, le monde universitaire, la politique et le gouvernement canadiens[6]Voir source ». Et que penser du Royaume-Uni qui avait créé une chaire « d’études islamiques contemporaines » à l’université Oxford pour un « islamologue », Tariq Ramadan, surtout connu maintenant pour avoir été condamné pour viols à 18 ans de réclusion criminelle. Pour obtenir le titre prestigieux de professeur à Oxford, a noté Fabrice Balanche, « le Qatar a réalisé un don de plusieurs dizaines de millions d’euros à l’université britannique[7]Voir source » et lui a versé 35 000 euros mensuels de 2012 à 2017. Il est possible que ces révélations aient contribué à la chasse à l’homme orchestrée par une quinzaine d’étudiants courageusement masqués.
Rien ne dit que, du côté français, les universités bénéficient ainsi des largesses d’un pays étranger, mais la tentation existe sûrement. L’entrisme qatari est à l’œuvre dans la société française, grâce à beaucoup de complicités… Souvenons-nous qu’un « colloque » a failli être organisé en novembre 2025 au Collège de France sous l’égide du CAREP (Centre arabe de recherche et d’études politiques de Paris), une émanation du Qatar en France[8]Voir source. Fort heureusement, ce qui ressemblait furieusement à une opération politique n’a pu profiter du prestige de cette institution et s’est tenu dans un lieu privé. La liberté d’expression était sauve (chacun peut exprimer son opinion dans les limites fixées par la loi), la liberté académique aussi (la politique n’a pas sa place dans la salle de cours d’une université) ; tous les orateurs pressentis, tous les « panels » de discussion véhiculaient la même idéologie : l’antisionisme, pour ne pas dire l’antisémitisme. Le monde académique, a fortiori le Collège de France, doit rester à l’écart de la propagande politique. Espérons que l’université française saura résister à l’attrait de l’argent facile et saura se garder de la corruption institutionnelle. Le coup de semonce donné par le refus du Collège de France de se compromettre servira, j’espère, à éloigner de nos universités la coupe de la tentation.