Notre ami Vincent Tournier a passé quelques jours dans la capitale girondine… Il nous en rapporte quelques anecdotes. C’est généralement dans les détails de la vie quotidienne que se dévoilent les obsessions idéologiques d’une société. Une affiche placardée dans le tramway, un écho du Conseil municipal dans son magazine online.
Le wokisme en promenade dans le tram
Montant dans le tram, le passager distrait voit son attention retenue par une affiche : « Pour rappel, le racisme est puni par la loi ».

Spontanément, personne ne prête garde à ce genre d’injonctions tant elles font partie du cadre naturel de nos villes modernes.
Réfléchissons-y pourtant : que fait ici un tel message ? Pourquoi une affiche sur le racisme, et pourquoi pas sur un autre sujet, par exemple la fraude sociale ou le trafic de drogues ? Imaginons un instant : « Pour rappel, la fraude aux allocations est punie par la loi ». Ou bien : « Pour rappel, les dégradations après un match de foot sont interdites ». Cela aurait du sens, non ?
Et puis on se dit : bah, après tout pourquoi pas ? Il est vrai que le racisme, c’est pas bien. Donc, un petit rappel à la loi n’est jamais de trop.
Mais la perplexité s’accroit lorsqu’on lit la définition proposée dudit racisme.
« Racisme : propos, comportements ou violences à l’égard d’une personne en raison de son origine ou de sa religion (vraie ou supposée) ».
Ah bon ? Que vient donc faire la religion dans cette histoire ? Quel est le lien avec le racisme ?
La suite du texte achève de transformer la perplexité en malaise :
« Tolérance zéro pour les comportements : âgistes, biphobes, grossophobes, homophobes, racistes, sexistes, transphobes, validistes, … ».
Alors là, notre malheureux voyageur se sent perdu ! Les questions se bousculent dans sa tête. Aurait-il vécu dans un monde parallèle pendant plusieurs décennies pour être à ce point déconnecté de la société dans laquelle il vit ?
Parce que, bon, raciste ou homophobe, passe encore : on voit à peu près de quoi on parle. Sexiste aussi, quoiqu’un simple sourire puisse aujourd’hui passer pour une agression. Transphobe à la rigueur. Mais « biphobe », quézako ? Et « âgiste », on présume que ça concerne l’âge, mais quel rapport avec le racisme ? S’agit-il d’un racisme contre les jeunes ou contre les vieux ? Laisser sa place à une personne âgée est-il « âgiste », donc raciste ? Et est-ce faire preuve de racisme que de réprimander un jeune qui peine à comprendre que ses pieds doivent se trouver sur le sol plutôt que sur les sièges ?
L’incompréhension franchit un cap supplémentaire lorsque le voyageur découvre que le texte comprend des points de suspension. Fichtre, la liste ne s’arrête donc pas là ? Mais quels sont tous ces racismes qui ne sont pas nommés ?
L’envie d’appeler le numéro de téléphone indiqué sur l’affiche se fait sentir. Mais au moment de composer, voici que le sang du voyageur ne fait qu’un tour. En un éclair, il prend conscience d’un problème : dans cette longue liste, que devient l’antisémitisme ? Pourquoi ne pas avoir mentionné cette variante du racisme qui, d’après les statistiques collectées lors de la dernière guerre mondiale, a tout de même fait sensiblement plus de morts que l’âgisme et la grossophobie, sauf bien sûr si on intègre dans le calcul la mortalité liée à la vieillesse et celle qui découle d’un excès de gras et de sucre ?
Un doute affreux saisit alors notre voyageur naïf. Se pourrait-il que cet oubli n’en soit pas un ? Se pourrait-il que toutes ces nouvelles formes de « racisme » aient simplement envie de se faire une place au soleil, de prendre la place du calife, ce qui implique évidemment de détrôner ce vieux racisme ronchon et démodé qu’est l’antisémitisme ? Allez ouste, renouvelons tout ça ! Remettons à jour le compteur des souffrances.
Mais voilà que notre voyageur arrive au terme de son trajet. Il est temps de quitter ce tramway qui n’est pas nommé désir, avec plus de questions et d’inquiétudes qu’au moment d’y entrer.
La prochaine fois, il prendra le bus.
Au Conseil municipal : back to Africa !
Le conseil municipal de Bordeaux, à l’issue d’un vote aussi unanime que courageux, a solennellement refusé la donation d’une veuve dont le testament prévoyait de léguer à la ville une cinquantaine d’objets africains.
Cette dame pensait sûrement bien faire : grand mal lui a pris ! Jamais, au grand jamais, la ville Bordeaux ne gardera des objets qui ont été arrachées à « leurs terres d’origine[1]Voir source ».
Pour ces élus girondins, qu’importe donc que ces objets aient été acquis légalement. Qu’importe également que le couple de propriétaires ait ramené ces babioles au terme d’une expatriation de 35 ans passée à travailler dans des hôpitaux africains en soignant à tour de bras, lui comme chirurgien, elle comme sage-femme. Et qu’importe encore si ces objets ont surtout une valeur symbolique : à 30 000 euros le lot, c’est sûr qu’on est très loin des sommes brassées par l’art contemporain.
Naturellement, on n’aura pas l’outrecuidance de penser que, si le nouveau maire agite la fibre décoloniale de la « restitution », c’est pour mieux assoir sa légitimité dans une ville hantée par son passé de port négrier, acquise aux écolos voici encore peu de temps.
Les mauvais esprits se demanderont quand même si un tel refus ne s’apparente pas à une forme de mépris : se pourrait-il que ces objets ne soient pas dignes de figurer dans un musée français ? Quant aux esprits encore plus mauvais, ils se demanderont si les pays africains ne devraient pas faire la même chose avec les objets acquis en France, même légalement : après tout, si chaque objet doit demeurer sur sa « terre d’origine », il risque d’y avoir pas mal de cargos en Méditerranée.
Mais du coup, le message apparaît ambigu : sous couvert de progressisme décolonial, la ville de Bordeaux n’est-elle pas en train de dire que le monde serait plus juste si chacun retournait avec ses bagages sur sa terre d’origine ?