Dans son rejet viscéral de l’Amérique de Trump, le correspondant du Monde à Washington, Piotr Smolar, nous a stupéfiés ! Dans un article publié le 28 février, jour du déclenchement de l’attaque de l’Iran par Israéliens et Américains, tous deux désireux d’en finir une fois pour toutes avec le facteur majeur d’instabilité mondiale qu’est le régime théocratique des mollahs, voilà que ce journaliste s’offusque du fait que Trump n’ait pas tenu ses promesses et « succombe à la tentation d’[imposer] un changement de régime en Iran » ! Il prétend que Trump « a bâti sa carrière politique sur le rejet des aventures militaires extérieures, coûteuses et sans fin ». Il a bâti sa carrière sur bien d’autres choses, dont le mensonge et l’appât du gain sont les plus visibles. Non, ce n’est pas quelqu’un de recommandable et c’est sans doute le pire président qu’aient connu les États-Unis en deux cent cinquante ans d’histoire. Mais pour une fois qu’il prend la décision que nous étions nombreux à attendre, le reproche de ne pas tenir ses promesses a quelque chose de comique.
Le journaliste reproche à cette décision son « coût incertain », sa « justification douteuse » et son « urgence inexistante ». Pour ce qui est du coût, en dollars comme en vies humaines, il est certain, au contraire, qu’il sera lourd ; les dollars, c’est l’affaire de Trump ; les vies américaines sacrifiées sont tout à l’honneur des soldats qui s’engagent et connaissent les risques ; si l’on parle des vies iraniennes, le coût sera bien inférieur à l’impôt de sang que ce peuple a payé à ses bourreaux. Pour ce qui est de la justification, le risque est grand de voir l’Iran disposer de l’arme nucléaire, ce qui est une première raison de bombarder les sites qui la produisent ; et si les plus de 30 000 morts dans la féroce répression du mois de janvier ne suffisent à déclencher le feu du ciel, alors le feu américain est le bienvenu. Pour ce qui est de l’urgence, je dirai au contraire : « Enfin ! Mais pourquoi viens-tu si tard ? » Il y avait déjà urgence le mois dernier, et les tergiversations de Trump ont permis au régime d’assassiner encore plus de jeunes Iraniens ; elle est aussi géopolitique : il n’est jamais trop tôt pour détruire ceux qui mettent l’existence même d’un pays voisin en danger et proclament que c’est là leur objectif.
Quels étaient le coût, la justification, l’urgence d’intervenir en Europe en 1917, en 1941 ? Nous devons à Wilson un appui inestimable pour mettre fin à la Grande Guerre, à Roosevelt le même appui pour libérer la France. Ont-ils jugé l’intervention américaine trop coûteuse, injustifiée, non urgente ? Je n’aime pas pratiquer la reductio ad Hitlerum ; mais face à celui qui massacrait son peuple en Iran, ne fallait-il pas utiliser les armes qui ont éradiqué celui qui massacrait tout un peuple d’Europe ? La fureur religieuse des ayatollahs est comparable à la fureur raciale d’Hitler. L’Amérique, que de Gaulle appelait à la rescousse dès le 18 juin 1940, a mis un an et demi à se décider ; bien des voix en Europe appelaient l’Amérique à intervenir en Iran, pour des raisons géopolitiques d’abord, pour des raisons humanitaires ensuite. Le journaliste du Monde se désole de la frappe américaine qui « met fin aux négociations en cours ». Quelle hypocrisie ! On peut négocier telle ou telle disposition concernant l’uranium enrichi, mais on ne négocie pas avec les assassins d’un peuple. Aurait-il souhaité que Roosevelt ou Churchill « négocie » avec Hitler ? Khamenei a eu l’incroyable chance de ne pas mourir pendu devant son peuple martyr dansant au pied de la potence : laissons-le dans les décombres de son bunker – et de l’histoire.
Revenons à ce journaliste qui regrette que Trump soit intervenu sans attendre un feu vert de l’ONU. Quand on voit que ce « vénérable » organisme abrite une antisémite de plein exercice, Francesca Albanese, et que son secrétaire général met sur le même plan le voile des femmes en Iran et l’abaya en France, y a-t-il quelque chose à attendre du « machin » ? Piotr Smolar trouve également qu’il y a trop de justifications pour l’intervention – morts du passé[1]Il faudrait donc les oublier, les passer aux profits et pertes ?, attentats, missiles balistiques, programme nucléaire, répression contre les manifestants – et par conséquent, « c’est qu’on en manque de convaincante ». Curieux raisonnement ! N’a-t-il jamais entendu l’expression : « La coupe est pleine » ? Nous attendions l’intervention, toutes les raisons pour qu’elle ait lieu s’ajoutaient, et peut-être d’autres présidents américains l’auraient déclenchée de même. Mais voilà, c’est Trump qui a pris la décision, cela suffit à la disqualifier. Trump est généralement indéfendable, mais pour une fois qu’il fait quelque chose pour la paix dans le monde, ne lui crachons pas au visage. Je n’ai d’ailleurs lu nulle part qu’Obama, Clinton ou Biden aient condamné l’intervention. Seraient-ils devenus trumpistes ? Les dirigeants européens font, eux, la fine bouche, pour des raisons diplomatiques à la Norpois ; seul le chancelier allemand a eu le courage de justifier explicitement l’action américaine.
Reste-t-il quelque chose à attendre de ce journal après ses ratés journalistiques anciens et récents ? Rappelez-vous la couverture des événements cambodgiens d’avril 1975 ! Le Monde se réjouissait de l’arrivée des Khmers rouges à Phnom Penh… Combien de temps a-t-il fallu pour que ses rédacteurs comprennent que ce qui se passait là-bas n’était pas autre chose qu’un autogénocide ? D’accord, mais c’était progressiste ! Comme était progressiste l’arrivée triomphale de l’ayatollah Khomeini à Téhéran en 1979, que Le Monde comparait à… de Gaulle et à Gandhi ! Ce journal se comporte comme une boussole qui indiquerait le sud pour mieux tromper le voyageur dans son cheminement à travers l’information. « Du bist der Geist der stets verneint » dit un jour de Gaulle à Beuve-Méry, parodiant Méphisto… C’est toujours vrai.